Les mondes antiques:  

Les cartes de la Méditerranée antique

     Les Egyptiens
    Vue d'ensemble
    Quelques dates
    Sites archéologiques
    Art égyptien
    Musées d'égyptologie
    Monnayage
    Langue et écriture




L'EGYPTE: LANGUE, ECRITURE, NUMERATION
La Langue - L'Ecriture - A propos des Hiéroglyphes - Numération

La langue    
Les origines
L'égyptien ancien est classé parmi les langues chamito-sémitiques (selon le nom défini par les linguistes du XVIIIème siècle, auquel les auteurs modernes, notamment anglo-saxons, préfèrent le nom d’afro-asiatique) qui regroupent des langues de l'Afrique et du Proche-Orient qui présentent des similitudes dans leur vocabulaire, leur syntaxe et leurs formes grammaticales, dues soit à une origine commune, soit à des contacts répétés entre populations.

On inclut dans cette famille, outre l'égyptien, les langues coushites (entre la frontière sud de l'Egypte et le nord de la Tanzanie) et peut-être omotiques (sud de l'Éthiopie), les langues sémitiques (babylonien, cananéen ou assyrien puis l’araméen, l'arabe, l'hébreu, etc), les langues tchadiques et berbères.

Il existe cependant de nombreuses théories contradictoires sur l’origine de la langue égyptienne :
  • des peuples sémites venus de l'est se sont-ils installés dans la vallée du Nil pour dominer les populations indigènes "chamitiques" ?
  • l'égyptien est-il la source commune des langues chamitiques et sémitiques ?
  • est-il d’origine soudanienne ou éthiopienne ? Des théories afro-centriques placent même l’égyptien dans la famille des langues négro-africaines qui serait à l’origine de nombreuses langues africaines modernes.
Aujourd’hui, bien des chercheurs estiment que l'afro-asiatique serait issu d'une langue parlée dans l'actuel Sahara aux environs de 8000-6000 av. J.C. qui se serait ensuite diffusée au nord et au sud lorsque la savane initiale se serait désertifiée...

Les langues afro-asiatiques ont en commun d’être des "langues à flexion". La racine des mots est constituée de trois consonnes (parfois deux, parfois quatre) et donne le concept général. Des suffixes, des préfixes et le choix des voyelles fixent l’usage du mot (nom, verbe…), sa valeur syntaxique et son sens.

Cela explique que l’écriture ne nécessite pas absolument les voyelles, seules les consonnes et semi-consonnes (oua, you…) étant écrites. Mais bien sûr ceci pose aujourd’hui un problème à la prononciation moderne des hiéroglyphes, puisque l’usage des voyelles a généralement été oublié, sauf quand les mots ont survécu dans le Copte ou dans d’autres langues qui les avaient écrits.

Les évolutions de la langue
Bien entendu, au cours de ses 4500 ans d’usage, la langue égyptienne a évolué dans tous ses aspects, sonorités, grammaire et vocabulaire. Il faut d’ailleurs considérer que, même à une même époque, la langue n’était pas parlée à l’identique du nord au sud de cet immense pays, et qu’elle a subi l’influence de l’origine des dynasties qui se sont succédées, avec des rois issus de telle ou telle région.

Il n’est donc pas étonnant que les phases linguistiques habituellement définies suivent plus ou moins les grandes périodes historiques de l’Egypte. L'égyptien dit de "la première phase" comprend d’abord:
  • l'égyptien archaïque, langue pratiquée durant la période prédynastique et la période thinite ;
  • l'ancien égyptien, en usage durant l'Ancien Empire et la première Période intermédiaire. Ce dialecte de la région de Memphis est la langue des textes des Pyramides, des inscriptions et des documents de la IIIème à la VIème dynastie de l'Ancien Empire.
  • le "moyen-égyptien" fut pratiqué durant le Moyen Empire et la deuxième Période intermédiaire. Cette langue représente l'égyptien "classique". Elle ne fut parlée que durant 500 ans (de 2000 à 1500 av. J.C. environ) mais resta ensuite la langue classique des hiéroglyphes pendant presque toute l’histoire de l'ancienne Egypte. C'est la langue de nombreux textes littéraires, d'inscriptions royales et privées, de documents administratifs et de lettres ainsi que d'une abondante littérature religieuse.
L'égyptien dit de "la seconde phase" apporte des évolutions à tous les niveaux (prononciation, formes grammaticales et usage des mots, syntaxiques, vocabulaire, etc). Il comprend :
  • Le nouvel égyptien (ou néo-égyptien), issu de dialectes de Haute-Égypte, qui remplace le moyen égyptien dans la langue parlée et fut en usage durant le Nouvel Empire et la troisième période intermédiaire, jusqu'aux environs de 600 av. J.C. On le trouve retranscrit aussi bien en écriture hiéroglyphique qu'en hiératique. C'est surtout la langue des textes non-littéraires des XIXème - XXVème dynasties, la langue "classique" restant en usage par ailleurs. Il semble qu’Amenhotep IV (Akhénaton) ait tenté d’adopter le néo-égyptien comme langue officielle, car il apparaît régulièrement dans les documents littéraires et même officiels pendant son règne.
  • Avec la Basse-Epoque, vers 700 av. J.C., les langues parlées du Nord et du Sud se sont éloignées l’une de l’autre, ainsi que les écritures. Sous Psammétique Ier, l'unification s’opère, du Nord au Sud. Une nouvelle langue populaire se forme, le démotique, qui reste en usage jusqu'au Vème siècle ap. J.C.
  • Le copte (mot formé d'après "aiguptos" qui signifie «égyptien» en grec), attesté dès le IIème siècle av.J.C., apparaît sous l’influence des Grecs, des Romains, puis de l’essor de la religion chrétienne. Parlé par les paysans de Haute-Egypte jusqu’au XVIIème siècle, il reste la langue liturgique de l'Église copte. Mais lui-même s’était subdivisé en plusieurs dialectes (le fayoumique, l'akhmimique et le bozhaïrique au nord, et le saïdique au sud).


L’écriture    


L'écriture hiéroglyphique semble être apparue soudainement et à un stade déjà très évolué dès 3000 av. J.C. Il est possible qu’en fait, elle ait été mise au point progressivement, mais sur des supports qui n’ont pas survécu. Nous ne la connaissons donc qu’à partir de l'unification du pays.

Selon les anciens Égyptiens, l'écriture est d'origine divine. C'est le dieu Thot, qui l'enseigna aux hommes. Il semble en tout cas que la civilisation égyptienne ait mis au point son système d’écriture sans apport extérieur. Les graphismes utilisés représentent en effet des animaux, des plantes et des usages locaux, et d’autre part, les tentatives pour les rapprocher des méthodes cunéiformes n’ont pas donné de résultat probant.

Les Hiéroglyphes
La première écriture est celle que nous voyons sur les monuments et les temples, les tombes royales, des traités religieux et funéraires, et qui revêt un caractère officiel et sacré : l’écriture hiéroglyphique. Bien entendu cette écriture a évolué et pour répondre aux nécessités des évolutions de la langue, mais elle s’est en même temps maintenue pendant toute l’histoire égyptienne, s'efforçant de soutenir la tradition de la langue classique.

Les anciens Egyptiens appelaient leur écriture "medou netcher" (parole divine). Les signes sont gravés dans la pierre ou peints sur le plâtre, le plus souvent avec beaucoup de détails.

Les hiéroglyphes ont été utilisés pour écrire l'ancien et le moyen-égyptien, mais alors que ce dernier cesse d'être parlé vers 1600, les textes hiéroglyphiques ont perduré jusqu'à la fin de l'histoire de l'Egypte antique. A la période gréco-romaine, le nombre de signes s’est accru, et on parle alors d’écriture ptolémaïque.

Les dernières inscriptions hiéroglyphiques, trouvées sur l’île de Philae, datent de 394 après J.-C.
L’écriture au quotidien : le Hiératique
Compliquée et très longue à utiliser, l’écriture hiéroglyphique a très vite été transposée pour les usages de la vie courante, sous des formes plus rapides et plus simples à maîtriser.

Lorsque l’on écrit sur du papyrus ou d’autres suports, il n’est d’ailleurs pas possible de maintenir le degré de détail des inscriptions officielles. Une forme plus cursive se développa donc très tôt.

Elle fut appelée plus tard "hiératique" (sacrée), bien qu’étant destinée au départ à l’usage quotidien. Elle utilise des signes très simplifiés, qui permettent une rédaction et une prise de notes rapide, et où l’on reconnaît désormais difficilement le symbole graphique initial – un peu à la manière de notre écriture cursive par rapport aux majuscules d’imprimerie. Le hiératique s’écrit de droite à gauche, en lignes ou en colonnes.

A partir du Nouvel-Empire, on note des dérives de l’écriture hiératique, et un fonctionnaire de Basse Egypte éprouve de plus en plus de difficultés à lire un texte écrit par un scribe de Haute Egypte en "hiératique anormal". Au fil du temps, les scribes adoptèrent alors une seconde forme simplifiée, le démotique, et le hiératique fut alors réservé aux textes religieux, ce qui explique son nom.
L’écriture démotique
Le démotique, né en Haute-Egypte, fut introduit comme écriture officielle au VIIème siècle av. J.C. Les mots courants y sont abrégés, d'autres s’écrivent avec des signes unilitères utilisés à la manière d'un alphabet.

Les premiers textes en démotique apparaissent vers 650 av. J.C. Cette écriture fut utilisée dans les documents de la vie quotidienne (administratifs, juridiques, économiques), puis dans la littérature et les ouvrages scientifiques, alors que le hiératique restait réservé aux textes religieux et les hiéroglyphes aux inscriptions monumentales.

A l’époque gréco-romaine, seuls les prêtres lisent encore les hiéroglyphes. C’est pourquoi on trouve sur la pierre de Rosette, par exemple, le même texte en hiéroglyphes et en démotique, ainsi qu’en grec, alors langue officielle des Ptolémées. Quand l'empereur romain Théodose, en 384, impose la fermeture des temples et donc des écoles des prêtres, les écritures de l'Egypte pharaonique sombrent dans l’oubli.

L’écriture copte
Lorsque les Ptolémées arrivent au pouvoir, la population égyptienne parle et écrit le démotique. Cependant, Le grec est devenu la langue officielle. On adapte vers l’an 200 av. J.C. l'alphabet grec à la langue égyptienne : on y ajoute sept signes empruntés au démotique pour représenter des sons qui n’existent pas en grec. Ceci introduit du même coup les voyelles dans l’écriture, et l’alphabet copte compte ainsi 31 lettres, avec une notation en majuscules et minuscules.

Au début, l’écriture copte s’utilise d’abord pour retranscrire en grec des formules et des noms propres, des textes magiques ou astronomiques, afin d’en respecter la prononciation. Avec la christianisation de l'Egypte, à partir du IVème siècle, la littérature religieuse s’écrit en copte, le démotique étant resté associé aux croyances anciennes. À partir de la conquête musulmane au VIIème siècle, la langue et l'écriture copte vont peu à peu décliner, jusqu'à disparaître dans l'usage quotidien, pour être remplacées par l'arabe.

A propos des hiéroglyphes    


Il faut avoir abordé l’apprentissage de l’écriture hiéroglyphique pour en découvrir la richesse et la place qu’elle laisse à la magie, aux valeurs pharaoniques, à l’art et à l’intuition ; il faut surtout laisser de côté la logique qui est devenue la nôtre...

On imagine les efforts qu’il a fallu aux premiers chercheurs, et le génie d’un Champollion, pour appréhender une écriture qui comprend des centaines de signes (environ 750 signes "courants") qui s’alignent de haut en bas, de droite à gauche ou de gauche à droite, sans séparation des mots.

De plus, les hiéroglyphes ont une signification magique : les prononcer leur donne vie, et donc certains signes, dont la lecture pourrait être dangereuse, sont parfois volontairement mutilés. Même la couleur a un sens magique, et il vaut mieux, pour le scribe, ne pas utiliser celle qui mécontente le dieu évoqué.

L’ordre des signes n’est d’ailleurs pas toujours celui de la lecture : certains signes royaux ou honorifiques se placent en tête du mot même s’ils sont lus à la fin. De plus, les signes sont agencés pour que la phrase soit belle à regarder, quitte à écorcher le sens de la lecture.

Quelques principes
  • la disposition doit être agréable à l’œil. Pour cela, les signes sont souvent disposés par 3 ou 4 dans des "cases carrées" imaginaires, les "quadrats". Les dimensions relatives des pictogrammes ne sont pas prises en compte, une chouette pouvant être plus grande qu’un homme.
  • le sens de lecture se détermine en regardant les signes qui représentent des être vivants : si les animaux ou hommes regardent vers la gauche, la lecture se fait de gauche à droite, et inversement. Ceci permet de décorer de manière symétrique le fronton des bâtiments, en y portant la même inscription écrite dans les deux sens.
  • Les "cartouches" (cadres curvilignes) contiennent les noms royaux.
Enfin, les hiéroglyphes peuvent avoir des rôles variés :
  • Un hiéroglyphe peut avoir la valeur d’un pictogramme (c’était surtout le cas dans les écritures les plus anciennes), c'est-à-dire qu’il désigne ce qu’il représente : (Per) une maison, (Ra:) le dieu-soleil, (ra) la bouche. En ce cas, il est accompagné d’un trait vertical.
  • Il peut être aussi un idéogramme, c'est-à-dire symboliser un objet différent : la bouche pour la parole, le soleil en tant qu’astre.
  • Il peut encore représenter simplement le son de ce qu’il représente, un peu à la manière d’un rébus. On distingue alors dans ces "signes-sons" (ou phonogrammes) les unilitères, qui évoquent un son unique, à la manière de nos consonnes dans l’alphabet (= R), des bilitères (deux consonnes successives, = PR), des trilitères (trois consonnes successives).
  • Certains hiéroglyphes (les "déterminatifs") ne se prononcent pas : ils sont là uniquement pour préciser le sens du mot et éviter les erreurs d’interprétation : un mot composé des mêmes signes aura un sens différent, selon le déterminatif qui le suit. Le signe du soleil, placé à la fin d’un mot, indique que le mot est relatif au temps.
  • On utilise aussi parfois des "signes-sons" simplement pour confirmer la prononciation du signe qui précède : en ce cas, on ne les prononce pas non plus…
  • Et enfin, un même signe (soleil) peut être tantôt pictogramme (dieu- soleil), tantôt idéogramme (soleil), tantôt signe-son (Ra), tantôt déterminatif (le mot qui précède est relatif au temps).
En bref : l’apprentissage est passionnant, et abordable à ceux qui le souhaitent vraiment, mais pas particulièrement simple ! Il existe une méthode "L'égyptien hiéroglyphique" publiée chez Assimil, que les puristes trouveront peut-être très imparfaite, mais qui permet à l'amateur débutant d'acquérir des notions qui sont loin d'être ridicules. En complément, on notera sur internet des sites "dictionnaires", dont le fort intéressant http://www.hierogl.ch de Pierre Besson.

La numération egyptienne    

Autant l’écriture égyptienne semble complexe, autant la représentation des nombres nous semble étonnamment abordable.

Tout d’abord, le système est décimal.

Il n’existe pas de zéro, mais un signe pour chaque "rang" : une barre pour l’unité, un pont pour les dizaines, une boucle pour les centaines, etc.

Pour écrire un nombre, on représente autant de fois que nécessaire le signe des milliers, le signe des centaines, des dizaines et des unités, la lecture résulte donc d’une addition mentale des signes.

De ce fait, l’ordre dans lequel les signes sont écrits n’a pas de signification, et on peut les disposer d’une manière qui facilite la lecture et soit agréable à l’œil...

Cela dit, les chiffres ont aussi un nom qui peut s’écrire – sinon "en toutes lettres" - du moins en hiéroglyphes !

L’écriture des fractions mérite un paragraphe particulier :

Les Egyptiens utilisaient pour cela un signe magique, le célèbre "œil d’Horus" (Oudjat) qui se trouve sur de nombreuses amulettes. Lorsque Horus, le dieu Faucon, fils d'Isis et d'Osiris combattit son oncle Seth pour venger son père, celui-ci lui arracha et le coupa en morceaux, mais Thot, dieu guérisseur le reconstitua et le lui rendit. Cet œil devient dès lors un talisman qui symbolise la santé, la lumière, et la protection contre… le "mauvais œil" !

Ce sont les différentes parties du dessin de l’oeil qui sont utilisées pour écrire les fractions binaires (1/2, 1/4, 1/8, 1/16, 1/32 et 1/64). Comme pour les chiffres, les autres fractions s’écrivent en utilisant plusieurs de ces signes (addition de fractions). Par exemple 3/8= 1/4 + 1/8