Des jeux antiques pour le printemps!

Tout le monde connaît le jeu “pierre-feuille-ciseaux” qui a l’avantage de ne pas nécessiter d’accessoires, ni d’écrans ou de piles.

Savez-vous que ce jeu nous a été rapporté d’Asie au 19e siècle, et que son origine est chinoise ? Selon l’écrivain Zie Zhaozhi, il était connu dès la dynastie Han (206 av.J.-C. à 220 ap. J.-C.). Et pourtant nous l’appelons aussi Chifoumi, un nom qui vient du japonais. Il signifie “un-deux-trois”. Vous voulez vérifier? Vous trouverez vite que “un-deux-trois” se dit “ichi-ni-san”, ce qui n’a aucun rapport…

Sauf que le japonais est une langue complexe: quand on compte des objets, on dit HItotsu FUtatsu MIttsu. Prenons les premières lettres: nous y sommes.

Mais revenons à nos moutons. En Corse et dans tout le sud de la France, en Languedoc comme en Provence, existe un jeu un peu plus complexe qui s’appelle la Mourre, en Italie Morra. Chacun des deux joueurs agite les doigts d’une main, et au signal, en montre autant qu’il veut. En même temps, chacun annonce à voix haute un nombre qui sera, à son avis, le total des doigts présentés (les siens plus ceux de l’adversaire). Si aucun ne dit le bon nombre, on recommence. Celui qui annonce le premier un nombre exact a gagné la manche (on définit à l’avance combien de manches on jouera).

Simple mais tout aussi stratégique que pierre-feuille-ciseaux, car derrière les apparences de hasard, l’expérience des joueurs entre largement en compte. On peut miser de l’argent, ou utiliser ce jeu pour déterminer qui jouera le premier dans un autre jeu…

Eh bien, ce jeu existait déjà chez les Grecs (il s’appelait “Kleros dia daktilon”, qui signifie “tirer au sort avec les doigts”) et chez les Latins “Micare digitis”, agiter les doigts.

Cratère apulien, vers 420 av.J.-C.
Cratère apulien, vers 420 av.J.-C.(photo V.Dasen)

Le but était un peu différent car dans l’Antiquité, le sens du mot “sort” était tout autre: tirer au sort, ce n’était pas solliciter le hasard, c’était s’en remettre aux dieux.
On n’est pas loin de la divination, puisque ce sont les dieux qui expriment leur volonté en désignant le gagnant.

Chez les Romains, les joueurs étaient généralement des hommes adultes, et le but du jeu est souvent de prendre une décision. Aujourd’hui, on pourrait tirer à pile ou face.

Chez les Grecs, ce jeu est représenté sur des vases dès le milieu du 5e siècle av. J.-C., mais les joueurs sont généralement des jeunes gens.

Lékané apulienne, vers 380 av. J.-C.
Lékané apulienne, vers 380 av. J.-C.(photo V.Dasen)

Parmi les partenaires, on voit parfois un être divin comme Aphrodite ou Eros, parfois un satyre. Les joueurs tiennent souvent un bâton de la main gauche en jouant, peut-être pour marquer les points. Quel est l’enjeu? Vu la nature des personnages en présence, l’amour est certainement présent. A qui le sort sera-t-il donc favorable?

Et si on jouait au cottabe?

Dans la Grèce antique, participer à un banquet était une marque d’appartenance à une classe aristocratique. La première partie du banquet était consacrée aux nourritures solides. On débarrassait ensuite les tables et, avec la seconde partie de la fête – le symposium – était venu le moment de boire.

Banquet

On mélangeait vin et eau dans un grand récipient, le cratère, car les Grecs ne buvaient pas le vin pur. Les convives se divertissaient en jouant, en déclamant des vers, en discutant de choses et d’autres, en écoutant de la musique. Mais ceci se passait entre hommes: les seules femmes admises étaient les danseuses, les musiciennes et les hétaïres, des femmes de mœurs légères. Mesdames, si on vous convie à un symposium, soyez prudentes…

Un divertissement qui paraîtrait scandaleux aujourd’hui? Autres lieux, autres moeurs! Les Grecs, comme les Romains, étaient pour leur part scandalisés de voir que les Etrusques osaient convier leurs épouses aux banquets. Il faut dire que celles-ci, beaucoup plus libres à tous égards que les femmes grecques et romaines, n’étaient pas connues pour être farouches.

Jeu de cottabe

Le jeu le plus célèbre pratiqué lors d’un symposium était le cottabe (ou Kottabos), connu dès le 6e siècle av. J.-C. Après avoir bu le vin de leur kylix, une coupe munie de deux anses horizontales, le joueur passait un ou deux doigts dans une anse et lançait le vin restant en visant une cible.

Jeu de cottabe

Celle-ci variait selon les époques: c’était un petit plateau placé au sommet d’un support et qu’il fallait faire tomber bruyamment, ou une grande coupe que le vin devait atteindre, ou encore des petites coupelles flottant dans un récipient, et qu’il fallait faire couler.

Le geste devait être adroit, mais aussi élégant. Le maître de banquet, le symposiarque, offrait à l’occasion quelques petits lots aux vainqueurs.

Souvent cependant, ce jeu n’était pas innocent, et l’on dédiait le lancer à une personne aimée – un jeune homme, une hétaïre… – en prononçant son nom à haute voix. Atteindre la cible était un présage favorable. Les hétaïres pouvaient d’ailleurs jouer aussi. Bon, cela ou effeuiller la marguerite…

Vous voulez tenter votre chance? C’est tout de même plus culturel que le “beer pong” américain et vous rapprochera de la sagesse antique! Car ce jeu vous montrera aussi les effets de l’alcool: après deux ou trois kylix, il vous deviendra difficile d’atteindre le but!

Les images ci-dessus vous montreront comment procéder (il existe aussi des vidéos sur internet), mais il vaut mieux pratiquer ce jeu à l’extérieur si vous n’avez pas d’esclave pour effacer les traces du vin répandu sur vos précieuses mosaïques!

Le cottabe, par Anatolio Scifoni
Une vision du cottabe au 19e siècle par Anatolio Scifoni
Pour en savoir plus…
Les jeux antiques vous intéressent? Visitez ces sites:
www.academia.edu et Locus Ludi Scientific publications,
(pages de Véronique Dasen).
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