2014, découvertes et canulars

Un cru exceptionnel

L’année 2014 a été particulièrement riche en trouvailles archéologiques, la principale étant le tombeau hellénistique d’Amphipolis évoqué dans notre note n°25 (septembre 2014). Depuis cette date, la chambre funéraire a été ouverte, et on y a trouvé des ossements… Dernier rebondissement, ces os appartiendraient à cinq personnes différentes, ce qui n’aide pas à identifier le destinataire du tombeau. Le mystère reste donc entier.

Tête, Pont-Ste-Maxence

Tête féminine, IIe s. , Pont-Ste-Maxence, 2014. © Denis Gliksman, Inrap. Archéologue: V. Brunet-Gaston.

En France, la surprise de l’année fut la découverte d’un grand sanctuaire gallo-romain du IIe siècle, doté d’une façade sculptée et large de 70 mètres à Pont-Sainte-Maxence (Oise), sur le chantier d’un centre commercial dont la réalisation, hélas, a désormais effacé toute trace du monument.
A peine quelques semaines plus tard, on découvrait à Warcq (Ardennes), sur le tracé de l’autoroute A304, une tombe aristocratique gauloise renfermant un char d’apparat à deux roues, finement décoré.
Nouvelles techniques, nouveaux résultats : des examens magnétométriques et l’emploi de radars à pénétration de sol ont révélé 15 monuments néolithiques inconnus sur le site de Stonehenge.

Enfin, en Egypte, on a identifié le tombeau du pharaon Sobekhotep Ier, considéré comme le fondateur de la 13ème dynastie (vers 1800 av. J.-C.), et 2015 a commencé par la découverte du tombeau de la reine Khentkaous III, l’épouse d’un pharaon de la 5ème dynastie, Néferefrê.

Quant aux canulars…

Puisque ce numéro est aussi celui d’avril, nous avons également cherché les canulars de l’année. Et curieusement, en dehors d’un dinosaure apparu subrepticement sur une falaise normande, la plupart des canulars de 2014 se rapportaient à l’astronomie. Ainsi, on nous a promis successivement une période de perte de l’attraction terrestre, une éruption solaire qui nous aurait laissés trois jours dans l’obscurité, et un passage de Mars qui serait alors aussi visible que la Lune. L’archéologie ne ferait-elle plus recette auprès des fantaisistes ? Il nous reste heureusement les informations émanant de Russie, où l’information « non conventionnelle » est devenue un art à part entière.

"Les Russes sont des Etrusques"... Nous avions déjà évoqué ici l’origine supposée russe des Etrusques et l’invention de l’écriture par des Russes à l’époque néolithique (cf. Le mystère de la pierre de Roseau, note n°24). Souvenons-nous aussi que le 23 janvier 2013, dans le discours d’ouverture qu’il devait prononcer au très sérieux Forum économique mondial de Davos, on annonçait que le premier ministre Medvedev avait l’intention de sommer le président Obama de proclamer enfin toute la vérité sur les extraterrestres, faute de quoi le Kremlin se chargerait de la révéler lui-même. Plaisanterie pour les uns, preuve d’un complot international pour les autres, nous ne sommes pas plus avancés aujourd’hui.

Et Stonehenge ? Un faux grossier construit dans les années 1950 !!!

StonehengePour en revenir à Stonehenge, on trouve depuis quelques semaines sur internet, en français, un article abondamment illustré « démontrant » que la construction de Stonehenge ne date que des années 1954-1958. C’est pour montrer que notre civilisation et notre spiritualité est apparue chez eux, que les Anglais ont sournoisement construit ce monument à la gloire de leurs grands ancêtres.
D’ailleurs, le site a été occupé par les militaires depuis 1898, l’armée ayant progressivement acquis les terrains environnants pour en faire d’abord un aérodrome, puis un champ d’exercice au tir de la Royal Artillery School auquel l’accès reste encore interdit aujourd’hui.
De plus, en 1943, deux villages voisins avaient été évacués sans doute afin de mieux garder le secret (nous tenons toutes les sources à la disposition de nos lecteurs).

2015, année de la désinformation ?

Cette « révélation » sur Stonehenge, qui a transité par les Etats-Unis, trouve son origine sur le site russe Fishki.net dont la réputation de sérieux n’est pas établie, avec un article (hélas anonyme) paru en octobre 2012, accompagné de 108 photographies.
Bien qu’elle ait mis longtemps à parvenir en France, elle est abondamment reprise depuis quelques semaines sur les réseaux sociaux, souvent sans commentaire critique. Peu importe dans ce cas précis, car il ne sera pas difficile de faire savoir au naïf que ce monument est connu depuis l’Antiquité, qu’il a été dessiné de manière précise dès le 16e siècle, et depuis visité sans cesse par des personnages illustres qui l’ont décrit. On peut aussi se demander ce qu’avaient fumé des peintres célèbres comme William Turner en 1827 (à gauche) ou John Constable en 1835 (à droite) pour représenter un édifice qui ne serait construit que 120 ans plus tard.

Stonehenge vu par TurnerStonhenge vu par Constable

 

 

 

 

Internet fait chaque jour la preuve de son efficacité à désinformer. On ne peut rien contre les statistiques : plus les supports deviennent faciles à alimenter (blogs, réseaux sociaux), plus n’importe qui dit n’importe quoi. Plus le nombre d’informations qui circule est grand, plus on y trouve d’inepties. Plus il y a d’internautes, plus il y en a pour les croire et les répéter. Enfin, plus ces inepties seront répétées, plus d’autres les tiendront pour des vérités.

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