Comment sauver le latin et le grec ?

Paris, manifestation du 10 octobre 2015

Paris, manifestation du 10 octobre 2015

Tandis que les professeurs de lettres classiques montent au créneau et tentent de mobiliser élèves et parents contre la réforme des collèges qui prévoit la suppression des options Latin et Grec ancien à la rentrée 2016, je me demandais où sont passées les voix de tous les passionnés des cultures anciennes, et pourquoi ils ne se manifestent pas. Si seuls les enseignants s’expriment, cela ne risque-t-il pas de ressembler à un élan corporatiste ?

Et puis, défendre les langues anciennes, c’est bien, mais c’est aussi toute la connaissance des civilisations antiques, à qui nous devons tant, qui disparaît peu à peu des programmes scolaires. Les professeurs d’Histoire ne semblent pas s’en formaliser: si les programmes changent, il leur reste toujours du grain à moudre. Les enseignants font-ils fausse route ? Défendre seulement les cours de latin et de grec, c’est défendre les acteurs en oubliant de défendre le théâtre. Or, si le théâtre disparaît, les acteurs n’auront plus aucune raison d’être…

Que faire, donc ? Je me suis permis d’effectuer un petit sondage à ce sujet. Certes, mon « échantillon » était un peu réduit, peut-être pas représentatif, mais qu’importe, il suffit à révéler deux faits inattendus.

  • Parmi les gens qui s’intéressent à l’Antiquité, beaucoup sont favorables à l’enseignement des langues anciennes, mais pas tous. On rencontre même dans cette catégorie quelques personnes (ayant ou non « fait du latin ») qui approuvent la réforme.
  • La majorité des gens ne regardent pas souvent les documentaires et certains sont bien sûr indifférents au sort du latin, mais ô surprise, c’est finalement là que se trouverait le plus gros groupe d’ardents défenseurs des langues anciennes, « racines de notre langue et de notre culture ».

Ceci montre que les langues et les civilisations anciennes sont ancrées si fortement dans notre esprit que même ceux qui ne s’intéressent pas à leur Histoire, restent sensibles à la nécessité de ne pas les oublier.

En conclusion, les partisans de la réforme sont en minorité et il ne faut pas croire que les défenseurs des langues anciennes soient des pseudo-intellectuels élitistes, comme le dit la ministre concernée: nombreux sont ceux qui reconnaissent simplement leurs racines profondes dans cet enseignement. Peut-on leur donner tort ? « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir »…

René Kauffmann

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2 réponses à Comment sauver le latin et le grec ?

  1. Pr S. Feye dit :

    Quoi qu’il en soit, Schola Nova Belgium accueille chaque année des élèves de primaire et de secondaire parlant le latin européen. Vous pouvez ou non manquer le train ou même croire que cela n’existe pas, mais nier une chose n’est-ce pas aussi s’en exclure?

    Valete omnes qui Latine loqui vultis. Venite ad nos et felices estote!

    Pr Stéphane Feye
    Schola Nova (non soumise au décret inscriptions) – Humanités Gréco-Latines et Artistiques
    http://www.scholanova.be
    http://www.concertschola.be
    http://www.liberte-scolaire.com/…/schola-nova
    http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702303755504579207862529717146

    • admin dit :

      Je connais bien Schola Nova, et il est vrai que certains collégiens pourront y trouver « refuge »! Mais mon édito concernait la réforme engagée en France, et je serais navré d’envisager que nos centaines de milliers de collégiens latinistes doivent aller demander un « asile culturel » en Belgique…

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