Collectionner des antiquités, est-ce un bon placement?

Collectionner les objets antiques est une activité passionnante. On apprend un tas de choses sur les objets eux-mêmes, sur leur histoire, sur leur fabrication, leur conservation… Et aussi sur les bonnes habitudes à prendre pour ne pas acquérir n’importe quoi à n’importe quel prix.

Les objets ainsi acquis prennent-ils de la valeur avec le temps? Les prix fluctuent selon les époques et les modes, et il suffit du passage d’une grande exposition ou d’une découverte majeure, pour que les cotes montent.

On subira aussi les effets d’un changement géopolitique qui nuira à l’attractivité des croisières sur le Nil par exemple, et les changements des programmes scolaires qui feront l’impasse sur certains aspects de telle ancienne civilisation, suscitant moins d’écho dans la culture de chacun.

La réglementation sur la circulation des objets antiques et bien sûr la fiscalité spécifique des collections joue aussi un rôle important (voir page 2).

Ensuite, faudra-t-il vendre par ses propres moyens, à un professionnel (qui se gardera une grosse marge commerciale), à un autre collectionneur, ou passer par une société de vente aux enchères (SVV)? Cette dernière solution a ses avantages et ses inconvénients. La SVV se charge de tout, expertise, garantie, publicité qui assure une audience internationale, encaissement etc. mais au total, compte tenu des taxes et frais divers, le vendeur ne touchera qu’entre 50 et 75% de la somme payée par l’acquéreur…

Il n’empêche, il peut toujours vous arriver d’acquérir à bas prix un objet que vous revendrez bien plus cher. Ou inversement, en particulier si par malheur l’objet se révèle ne pas être authentique. Cela fait partie du jeu.

Tout bien considéré, disons qu’une collection d’objets antiques vaudra toujours quelque chose dans l’avenir même si, globalement, on ne peut pas en attendre des miracles. Vous gagnerez moins que les professionnels du marché qui, eux, disposent nécessairement des compétences les plus pointues, mais vous perdrez moins qu’au jeu ou en vous offrant une voiture de sport.

Bon, dans un cas comme dans l’autre, ce n’est sans doute pas l’appât du gain qui vous motivera au premier chef, et c’est tant mieux!

Règles et fiscalité des collections

Au cours des dernières décennies, la plupart des pays ont mis en place des mesures pour empêcher le trafic illicite d’objets archéologiques. Aussi est-il déconseillé d’acquérir un objet non accompagné d’un document certifiant sa provenance (à qui il appartenait auparavant, en quel lieu) et d’une facture datée. Si vous l’achetez ou le vendez à l’étranger, un “passeport” (autorisation d’exporter) est parfois nécessaire.

Il faut aussi considérer la fiscalité concernant des objets qu’il faudra bien revendre un jour. Pour un amateur de “petites” choses, la situation est simple: si le prix de vente est inférieur à 5000€, il n’a aucun impôt à payer, et ce seuil se calcule objet par objet (et non pour le total de la cession d’une collection). Sauf si le fisc considère que plusieurs objets sont indissociables les uns des autres: pour ceux qui voudraient vendre une oeuvre en pièces détachées, c’est raté!

Si votre objet vaut plus de 5000€, vous aurez des avantages et des inconvénients. Les objets de collection échappent à l’ISF, mais leur vente est imposable. Deux options sont alors possibles:

  • Soit le vendeur s’acquitte d’une taxe forfaitaire sur le prix de vente (6,5% depuis 2014).
  • Soit il préfère être imposé sur la plus-value réalisée. Là aussi, on compte objet par objet, mais une perte sur un objet ne se déduit pas du gain réalisé sur un autre! Eh oui, pour le fisc, c’est “pile je gagne, face tu perds”!
    En ce cas, le vendeur doit évidemment justifier du prix et de la date d’achat. Depuis 2014, la fiscalité s’est durcie, et l’impôt total dû est de 36,2% sur la plus-value, avec une décote de 5% par an au-delà de 2 années de possession. Ceci entraîne qu’un objet que l’on détient depuis plus de 22 ans est totalement exonéré. En conséquence, le collectionneur envisage souvent une donation à ses héritiers, puisqu’une donation qui remonte à plus de 22 ans sera de ce fait également exonérée au moment de la succession.

Enfin, les personnes qui font don d’objets de valeur à un musée notamment, peuvent prétendre à certains avantages.

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